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L’EMPIRE DU SOMMEIL

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expositions

Le lit, ce dénominateur commun à tous les habitants de notre planète, est le lieu où souvent le sommeil devient la proie de nombreux rêves, peurs, craintes, cauchemars ou félicités érotiques. Cette exposition d’une belle intelligence nous plonge dans cet état second qui préside à un tiers de notre existence. La plupart des artistes se sont plongés dans cet entre-deux pour en explorer toutes les facettes. De Rembrandt à Picasso le musée Marmottan Monet nous entraine au pays des songes.

Exposition L’Empire du sommeil au Musée Marmottant Monet jusqu’au 1er mars 2026.

Joaquin Sorolla y Bastida. Mère (Madre), Vers 1900 © Museo Sorolla, Madrid

Jean Auguste Dominique Ingres. Jupiter et Antiope, 1851 © Paris, musée d’Orsay / GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Franck Raux

Johann Heinrich Füssli. L’Incube s’envolant, laissant deux jeunes femmes, 1780 © Collection Farida et Henri Seydoux, Paris

Anonyme. Jeune fille endormie. vers 1615-1620 © Szépművészeti Múzeum/ Museum of Fine Arts, Budapest

Federico Zandomeneghi. Jeune fille endormie (Fanciulla dormiente), 1878 © Florence, Gallerie degli Uffizi, Palazzo Pitti

Ferdinand Hodler. Valentine Godé-Darel malade, 1914 © Soleure, Kunstmuseum, Fondation Dübi-Müller

Pablo Picasso. Minotaure caressant du mufle la main d'une dormeuse, 1933 © Paris, Bibliothèque nationale de France / Succession Picasso

Cliquez sur les vignettes pour les agrandir

Le sommeil, cette porte vers un autre monde, celui de notre inconscient, n’avait jamais été exploré, jusqu’alors dans sa dimension artistique. « Curieuse absence que nous nous proposons de réparer, tant il est vrai que la mythologie du sommeil et du rêve a toujours occupé nos pensées, depuis l’Antiquité. » remarque Érik Desmazières, directeur du musée Marmottan Monet. Cette exploration explore tous les aspects de cette partie de notre vie qui englobe en général un bon tiers de celle-ci. Les apports de l’art, de la littérature comme de la philosophie, sur cet état sont nombreux, et tente de sonder cette part obscure, régie par ce moment que nous ne maitrisons pas. La raison est laissée aux éveillés, le sommeil, lui, est le règne de mystères puisés au plus profond de notre être.
Ce sommeil hors de notre contrôle, est d’évidence une aire de jeu, de réflexions, de supputations voire de délires dans lesquels se sont engouffrés artistes comme prosateurs. L’exposition, qui présente près de 130 œuvres de Rembrandt à Picasso, et tente de diviser ce règne de l’abandon en plusieurs chapitres explorant toutes les facettes du sommeil et de sa représentation. Et de nous rappeler d’entrée qu’Hypnos, Thanatos et Éros, ces figures mythiques régissent, en bien comme en mal, notre sommeille, ses peurs, ses bonheurs et ses ambiguïtés. Au-delà de l’apparence réelle de l’homme endormi, il y a l’invisible, le rêve… Derrière l’être assoupi, le tumulte et l’énigme du monde onirique, la parade des rêves mais aussi le berceau des cauchemars. On se doute que, dès lors, les artistes ne pouvaient que donner libre cours à leur imagination.

John Everett Millais. Mon deuxième sermon (My Second Sermon), 1864 © Guildhall Art Gallery, City of London

Simon Vouet (atelier de). Vénus dormant sur des nuages, après 1630 © Szépmvészeti Múzeum/ Museum of Fine Arts, Budapest

On entre sur la pointe des pieds dans ce « doux sommeil », ce besoin nécessaire, et l’on y découvre le sommeil tranquille, bienheureux, que des artistes ont laissé de leurs proches dans une innocence, un évident bien-être, à l’image de ce gamin endormi, lassé ou ennuyé par un soporifique sermon (John Everett Millais Mon deuxième sermon,1864) ou cette sieste alanguie dans une luxuriante nature (Pierre Bonnard, Dans un jardin méridional, 1914). Ce bonheur du sommeil tranquille n’est que la partie immergée des drames qui peuvent se nicher dans nos rêves et l’on nous rappelle avec justesse qu’Hypnos et Thanatos sont frères, ne serait-ce que par la ressemblance entre ces deux états, comme le montrent bon nombre de portraits post mortem, entretenant la confusion. Endormies ou déjà dans l’au-delà nous interrogent Léon Cogniet (Tête de jeune fille morte, vers 1845) ou Claude Monet (Camille sur son lit de mort, 1879), dont seul le titre lève le doute. Quant à Ferdinand Hodler, il nous laisse un poignant témoignage de cet entre-deux entre vie et mort, avec ce saisissant portrait d’une endormie (Valentine Godé-Darel malade, 1914) sur le visage de laquelle Thanatos est d’évidence déjà à l’œuvre.

D’Éros à Cendrillon

Avec un sommeil peuplé de rêves érotiques, on entre de plain-pied dans l’inconscient. On le traduit ici par des poses lascives, Vénus nue et abandonnée à Éros pour Simon Vouet (Vénus dormant sur des nuages, après 1630), sur le visage de laquelle s’esquisse un doux sourire. Le sommeil ne neutralise plus les sens. Comment en douter lorsque Ingres (Jupiter et Antiope, 1851) convoque Ovide pour dévoiler sans détour Jupiter et Éros régnant sur le sommeil de cette Amazone reposant nue sur de la mousse (Jupiter et Antiope, 1851) ? Quant à Picasso, il convoque le puissant Minotaure pour caresser le visage de la belle endormie (Minotaure caressant du mufle la main d’une dormeuse, 1933). Rêve ou réminiscence ? Mais le réveil détruit le tout en un instant et disparaissent Jupiter, Psyché, Éros et Cupidon.

Gabriel von Max. La Résurrection de la fille de Jaïre, 1878 © Montréal, Musée des beaux-arts / MBAM, Denis Farley

Fernand Pelez. Un martyr. Le Marchand de violettes, 1885 © Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Art de la Ville de Paris

Les contes pour enfants sont, eux-aussi, peuplés de belles avec, en figure emblématique, la Belle au Bois dormant mettant à portée des plus jeunes le même rêve, celui d’un Prince Charmant veillant et éveillant les sens par un baiser. Gustave Doré s’en empare (La Belle au bois dormant, 1820), tout comme d’Eugène Le Poittevin qui évoque Cendrillon (Le Rêve de Cendrillon, 1863) dont la chaussure, à son pied, est l’espoir, qu’un « jour son prince viendra ».
Des rêves érotiques au sommeil enchanteur peut survenir la noirceur qui va peupler les songes de cauchemars, et le trouble perturbe le reposant. On pactise avec le diable pour James Marshall (Le Rêve de Tartini, 1868) quand le pouvoir démiurgique des songes, incarné par l’apparition du diable jouant une sonate, vire à l’hallucination ! La nuit révèle les angoisses, des monstres envahissent la vie du dormeur ou de la dormeuse en une réminiscence de peurs qui peuplent l’inconscient. La folie est là, tapie dans le noir, aidée en cela par des psychotropes et autres remèdes contre l’insomnie. On les emploie pour s’endormir, on aimerait se réveiller. Dilemme. Une matière qu’explorent les symbolistes, laissant vagabonder leur imaginaire dans l’antre de nos craintes et de nos angoisses en créant des mondes à leur propos.

Claude Monet. Camille sur son lit de mort, 1879 © Paris, musée d’Orsay /  GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Patrice Schmidt

Eugène Le Poittevin. Le Rêve de Cendrillon, 1863 © Avignon, musée Calvet

Le rêve devient aussi littéraire. Les écrits fantasques et oniriques sont d’inépuisables scénarii à mettre en image comme Gustave Doré qui donne corps et illustre L’Enfer de Dante en retraçant le voyage d’outre-tombe qu’accomplit Dante en compagnie du poète Virgile. Il se penche sur les songes de Don Quichotte, avant de s’atteler à l’univers exaltant des contes de Perrault. On revient à l’enfance, la frontière est fragile.
Et enfin, le sommeil troublé emporte le dormeur dans des univers souvent peuplé d’animaux menaçants, d’incubes effrayants dont Johann Heinrich Füssli nous a laissé deux des plus célèbres représentations, dont son iconique Cauchemar, (1860) avec ce monstre grotesque assis sur la poitrine de sa dormeuse à la tête renversée, alors que dans l’ombre est tapi un cheval menaçant aux yeux exorbités ! Un archétype du cauchemar gothique alliant terreur et érotisme, souvent copié, que l’on trouvera même au mur de l’appartement de Sigmund Freud à Vienne ! Revenons au lit, la seule pièce de mobilier qui existe même chez les plus pauvres, pour clore cette magnifique évocation du sommeil, ce dénominateur commun de tous les habitants de la planète, ce lit « lieu de l’intime, une île qui nous permet de protéger et de nourrir nos rêves. » se résume dans cette simple et belle œuvre de Federico Zandomeneghi et sa Jeune fille endormie de 1878. Elle rêve sûrement… mais à quoi ?

Musée Marmottan, 2 rue Louis Boilly (16e).
À voir jusqu’au 1er mars 2026
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21 h
Accès :
Métro : Ligne 9, arrêt : La Muette ou Ranelagh
RER : Ligne C, arrêt : Boulainvilliers
Bus : Ligne 22 (La Muette – Boulainvilliers), ligne 32 (Louis Boilly ou Ranelagh), ligne 52 (La Muette – Boulainvilliers), ligne 63 (Porte de La Muette), ligne 70 (Louis-Boilly) et ligne P.C. 1 (Ernest Hébert ou Porte de Passy)
Site de l’exposition : ici

Catalogue
L’Empire du sommeil
Sous la direction de Laura Bossi
248 pages. 35 €

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