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MATISSE 1941-1954

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expositions

Cette magnifique évocation des dernières années de Matisse nous donne à voir, non un artiste vieillissant, mais un artiste d’une extrême jeunesse et d’une grande vivacité avec, en testament d’une vie, les papiers découpés qui renouvellent complètement sa grammaire sans se renier pour autant de son passé de fauve.

Exposition Matisse 1941-1954 au Grand Palais jusqu’au 26 juillet 2026.

Vue de l’exposition. Ensemble des 20 maquettes originales de l’album Jazz, 1943-1944. Paru aux éditions Tériade, 1947 © Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne. Dation, 1985 / Ph.: Luc Castel

Nature morte au magnolia, 1941 © Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne / Ph. : D.R.

Polynésie, la mer, 1946 © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. GrandPalaisRmn / B. Prévost

Intérieur rouge, nature morte sur table bleue, 1947 © Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf / Ph. : BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / W. Klein

Vitrail bleu pâle, novembre 1948 – janvier 1949 © Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne / Ph. : D.R.

Vue de l’exposition. Série des 4 grands Nus bleus, 1952 © Fondation Beyeler, Riehen/Basel / Paris, Centre Pompidou, MNAM / Musée Matisse, Nice / Ph. : D.R.

L’Escargot, 1953 © Tate, Londres / Ph. : akg-images / Erich Lessing

Cliquez sur les vignettes pour les agrandir

En 1941, Matisse (1869-1954) est au sommet de son art et de sa reconnaissance. Il est alors, avec Picasso et Miró, le peintre le plus important de son temps. C’est un homme demandé, reconnu bien au-delà de nos frontières (son fils Pierre, installé comme marchand à New York depuis 1924 a fait beaucoup pour l’imposer outre-Atlantique), il a aussi beaucoup voyagé, fait un tour du monde en 1931, dont un long séjour à Tahiti. Il est reçu et exposé dans de nombreux musées.
Il a un port d’attache, lui, l’homme du Nord (il est né à Cateau-Cambrésis) a choisi, dès les années 10, le soleil du sud et les couleurs de cette région qui subjuguent toujours le « fauve » qu’il fut. Collioure d’abord, l’autre patrie du fauvisme, puis il découvre Nice en 1916. Dès lors, et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, il fera des allers et retours du nord au sud, de Paris à Nice. On lui connaît bon nombre d’adresses sur place avant qu’il pose enfin ses valises à l’hôtel Régina en 1938. Bâtisse rococo, conçue pour recevoir la reine Victoria, plantée sur la colline de Cimiez, surplombant la mer. Hôtel de luxe reconverti en habitation dans les années 30, son vaste appartement qui s’ouvre sur la mer, sera son dernier studio.

La Blouse roumaine, 1940 © Paris, Musée national d’art moderne. Don de l’artiste à l’État, 1953 / Ph.: D.R.

La Chute d’Icare, 1943 © Collection privée / Courtesy Galerie de l’Institut

Mais en cette année 1941, âgé de 72 ans, sa santé s’aggrave. On lui diagnostique un cancer du duodénum suivi de deux embolies pulmonaires ! Ses médecins lui donnent deux mois à vivre ! « Donnez-moi les trois ou quatre ans dont j’ai besoin pour finir mon œuvre ! » aurait-il répondu aux chirurgiens. (1). Cette résilience lui laissera 14 ans à vivre ! Les sœurs de la chapelle de Vence, pour laquelle il créera tout le décor, le surnommèrent même « le ressuscité », ce qui, venant de femmes de Dieu, s’apparente à un miracle !
Il avait quitté Nice début janvier 1941, pour une clinique lyonnaise, il est de retour fin mai ! « Vraiment, sans blague, je bénis ma terrible opération qui m’a tout à fait rajeuni… » Mais c’est un homme épuisé qui rentre porteur d’un corset, qui ne peut rester debout longtemps… Mais toujours avec cette envie de travail chevillée au corps !
En 1943, les troupes d’occupation investissent le sud, il va lui falloir de nouveau déménager ! Réquisitionné par la Gestapo, l’hôtel Régina est vidé de ses habitants. Il se réfugie à Vence dans une villa avec jardin, fait de courts voyages à Paris avant de revenir enfin au Régina en 1949.
Mais peindre, debout devant son chevalet, lui est pénible; de plus en plus, il reste assis ou dans son lit. Il dessine et peint avec des crayons, des pinceaux ou avec un fusain accroché au bout d’une longue canne qui lui permet de tracer, sur des papiers punaisés au mur, des esquisses et dessins dont on peut ici admirer toute la dextérité qu’il lui a fallu déployer pour arriver à un tel résultat d’une main qui ne tremble pas.

« Une nouvelle vie »

À presque 80 ans, il entre dans « une nouvelle vie », comme l’écrit Pierre Schneider (1). Il va réinventer son art et ses pratiques comme si, échappé de l’ombre de la mort, lui avait donné un regain, une rage de vivre et de créer. Il n’a pas abandonné la peinture, il se remet sans cesse sur l’ouvrage, multipliant les étapes de création avec, à cette époque, comme acmé de son travail cette Blouse roumaine qui nécessita quatorze étapes ou la série des Intérieurs de Vence. Il retrouve une appétence pour le dessin, des centaines, tracés d’une manière sérielle, autoportraits, portraits, nus, qu’il accroche aux murs de son atelier du Regina comme pour constater la progression de son travail. Il publie même un album au titre évocateur : Dessins. Thèmes et variations. « Quand j’exécute mes dessins Variations, le chemin que fait mon crayon sur la feuille de papier a, en partie, quelque chose d’analogue au geste d’un homme qui chercherait son chemin dans l’obscurité. Je veux dire que ma route n’a rien de prévu, je suis conduit, je ne conduis pas. » (2).

La Gerbe, 1953 © The Hammer Museum, Los Angeles, USA / Fine Art Images/Bridgeman Images.

La Tristesse du roi, 1952 © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. GrandPalaisRmn

Au sortir de la clinique, de retour à Vence, cette villa Le Rêve, où il passe la guerre avec quelques allers et retours à Paris dans son appartement du boulevard Montparnasse, il n’est pas inactif, son art reste enchanteur. Il est et reste le maître incontesté de la couleur, à l’image de ce tableau Nature morte au Magnolia (1941) qui ouvre l‘exposition. On retrouve les tissus imprimés de motifs souvent floraux, et surtout ce fond rouge qui règne dans son œuvre depuis 1908 (Nature morte en rouge de Venise. Musée Pouchkine à Moscou) ou L’Atelier rouge (1911) et dans quelques autres toiles comme dans ce Grand intérieur rouge (1948), Jeune femme au collier (1942)  et qui fait aussi ressortir le blanc éclatant de sa Blouse roumaine (1940) dans laquelle Aragon (2) y voyait un hymne à la France – nous sommes en pleine occupation – avec ce rouge profond du fond, associé au blanc de la blouse et au bleu de la jupe !

Les gouaches découpées
Mais le grand œuvre de ses dernières années reste les gouaches découpées qui renvoient à son travail sur la couleur pure du fauve qu’il fut quatre décennies auparavant. Un nouveau média expérimenté dans les années 30, lorsqu’il composa à grande échelle ses recherches pour La Danse, une décoration murale monumentale que lui a commandé le docteur Albert Barnes pour sa fondation à Merion aux États-Unis. Ainsi, en déplaçant et replaçant les formes colorées à sa guise, Matisse parvient à l’équilibre qui lui convient. « Grâce à cela, je ne pouvais que chercher par tâtonnement en modifiant sans cesse mes compartiments de couleur… Modifications apportées par l’intermédiaire d’aplat de papier de couleur à l’échelle de la décoration, découpé au ciseau et déplacé jusqu’au tout dernier état » (3). De ces premiers papiers découpés, il y revient dans ces années 40, dans cet entre-deux d’isolement, de manifestations artistiques à l’arrêt sans salons ni expositions. Il reprend ce média qu’il va pousser au-delà de toute espérance. Il éprouve la joie d’une liberté retrouvée. Joie de manipuler ciseaux et papiers gouachés, prisonnier de son fauteuil, une joie presque enfantine de découpages et d’assemblages. « Il n’y a pas de rupture entre mes anciens tableaux et mes découpages, seulement, avec plus d’absolu, plus d’abstraction, j’ai atteint une forme décantée jusqu’à l’essentiel. » dit-il (3)
Il découpe parmi un choix de feuilles de papier préalablement gouachées, des formes qui seront punaisées au mur par un assistant, selon ses instructions. Depuis les papiers épinglés de Picasso à l’orée des années 10 (La Bouteille de vieux marc, 1913), personne n’avait joué sur un apport tel dans des compositions, faisant de ce média l’outil même de ses compositions. Jouant sur la couleur au service du dessin, il redonne une nouvelle jeunesse à son art, il n’a pas renoncé à la grammaire des fauves, les couleurs franches sont toujours là en des assemblages d’une étonnante vivacité ! « Ses papiers découpés, concordent avec le dessein qui n’a cessé d’habiter l’artiste depuis que, fauve, il trouvait sa voie : que l’œuvre naisse de la pure, confrontation des couleurs », écrit Georges Duthuit (4) Et si ses compagnons de route du fauvisme, les Derain, Vlaminck et Dufy… à l’art dilué dans une peinture bourgeoise, lui cherche, innove, trouve de nouvelles voies. Comme Picasso, ne cède rien. Bien qu’impotent, il est toujours debout.

Danseuse créole, juin 1950 © GrandPalaisRmn / Gérard Blot

Grand intérieur rouge, 1948 © Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne / Ph.: D.R.

La chapelle du Rosaire

En ces années 40, l’album Jazz (d’abord titré Le Cirque) est le premier travail auquel il s’attelle en se réappropriant ce nouveau médium. Une demande de l’éditeur Tériade à l’initiative de la revue Verve pour laquelle Matisse fit quelques couvertures. Une série de vingt planches (dont les originaux sont rassemblés ici) comme des expérimentations des grandes œuvres à venir. Il écrit : « Découper à vif dans la couleur me rappelle la taille directe des sculpteurs. Ce livre a été fait dans cet esprit » (5). Il est temps de passer à une autre échelle. Ce sera les immenses panneaux Océanie et Polynésie (1946), réminiscence de son séjour à Tahiti, La Tristesse du roi (1952), « L’équivalent plastique des réflexions sur la vieillesse » (1) et cette série de quatre Nus bleu qui ponctuent en majesté la fin de l’exposition et rassemblés ici pour la première fois et l’ultime pas vers une abstraction pure, L’Escargot (1952) cette « abstraction sur racine de réalité » (1), le sommet d’une manière  dans laquelle la couleur prend définitivement le pas sur le sujet.
En 1948, sollicité par sœur Jacques-Marie, son infirmière, il s’attelle à la réalisation d’un ensemble décoratif complet pour la chapelle du Rosaire des dominicaines de Vence, une œuvre d’art totale. Une démarche « qui s’inscrit strictement et pleinement dans l’itinéraire du peintre de La Joie de vivre » (1). L’appel à Matisse se veut en décalage total d’avec l’art saint-sulpicien, dans l’esprit d’un renouveau, d’après-guerre, ouvrant l’art moderne au sacré qui entraîna de nombreux artistes contemporains – comme Picasso qui décorera la chapelle de la Guerre et de la Paix à Vallauris – à œuvrer à des vitraux ou à du mobilier liturgique. L’intervention de Matisse va se concrétiser non seulement sur les vitraux, mais aussi sur les murs avec des céramiques reprenant ses dessins, tels cet immense saint Dominique, cette Vierge à l’enfant ou les stations du chemin de croix, le crucifix de l’autel, les chasubles et des éléments de décor comme la porte du confessionnal. Des couleurs franches qui se jouent, dans les vitraux, du soleil qui projette sur le dallage de marbre blanc des tranches de lumières jaune, bleue et verte. « J’ai toujours essayé de dissimuler mes efforts, j’ai toujours souhaité que mes œuvres aient la légèreté et la gaîté du printemps qui ne laisse jamais soupçonner le travail qu’il a coûté. » écrit-il en 1948. On applaudit et l’on critique cette incursion du profane dans l’art sacré ! Elle trouve autant son opposition dans l’Église que dans le Parti communiste… Picasso en tête ! Tout comme sont critiqués ses papiers découpés dans leur ensemble où « certains y perçurent des signes de sénilité tout court ou même de retombée en enfance » (6).
Le parcours rassemble plus de 200 œuvres, dont 27 tableaux et 79 papiers découpés (et bon nombre de documents et de photos), dont certaines jamais ou rarement montrées en France, issues de la riche collection du Centre Pompidou, de collections particulières et d’institutions nationales et internationales. « J’espère qu’aussi vieux que nous vivrons, nous mourrons jeunes ! » écrit-il à André Rouveyre en 1950. La preuve aujourd’hui sous nos yeux.

  1. Matisse par Pierre Schneider. Flammarion, 1992
  2. Henri Matisse à Louis Aragon, 1942
  3. Henri Matisse, propos recueillis par Maria Luz, 1952, cité dans EPA, in Matisse, les gouaches découpées Éditions Fernand Hazan, 1983
  4. In Hommage à Matisse, numéro spécial de la revue XXe siècle, 1970
  5. Cité par Jean Guichard-Meili in Matisse, les gouaches découpées Éditions Fernand Hazan, 1983
  6. Antoine Compagnon in catalogue de l’exposition. Co-édition Centre Pompidou – GrandPalaisRmnÉditions

Grand Palais. Entrée square Jean Perrin
17 Avenue du Général Eisenhower (8e).
À voir jusqu’au 26 juillet 2026
Du mardi au dimanche de 10h à 19h30
Nocturne le vendredi jusqu’à 22h
Accès :
Métro ligne 1 et 13: station : Champs Elysées-Clemenceau ou ligne 9 : station : Franklin D. Roosevelt
Bus : ligne 93, 73, 42 et 72
Site de l’exposition : ici

Catalogue
Matisse, 1941-1954
Co-édition Centre Pompidou – GrandPalaisRmnÉditions
Sous la direction de Claudine Grammont
480 pages, 300 illustrations. 45€

 

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