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MONET, LE CENTENAIRE

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expositions

Le triomphe de l’Impressionnisme

Cette année du centenaire de la disparition du grand impressionniste, est commémorée par deux expositions. Le musée Marmottan nous présente une série de paysages peints par des artistes modernes et contemporains dans la foulée de Monet. Et au musée de l’Orangerie, on nous propose de retrouver son travail sur le temps, le temps qu’il fait et le temps qui passe dans une sélection belle de ses œuvres.

Exposition Monet. Histoires de paysages au musée Marmottan jusqu’au 31 janvier 2027.
Exposition Monet peindre le temps, au musée de l’Orangerie jusqu’au 25 janvier 2027.

Claude Monet. Nymphéas, vers 1916-1919 © musée Marmottan Monet / Studio Christian Baraja SLB

En cette année de commémoration de la disparition de Claude Monet, deux expositions, un parcours et un record en vente aux enchères, viennent nous rappeler l’importance qu’eut Monet (1840-1926) comme l’incontestable chef de file du groupe des impressionnistes. À l’Orangerie, qui s’enorgueillit d’abriter, depuis 1927, dans deux pièces ovales – construites à cette fin – les huit panneaux des Nymphéas, on nous expose la vision qu’il avait du temps. Au musée Marmottan-Monet, on nous présente son héritage au travers d’artistes modernes et contemporains qui ont appris de ses leçons. Et au musée d’Orsay, un parcours autour de ses œuvres détenues dans les collections du musée. Quant au record, c’est celui obtenu aux enchères chez Sotheby’s pour Les Iris, une toile jamais présentée en vente, issue de la collection Schlumberger, et qui a trouvé preneur pour 50 millions d’euros, ce qui en fait le tableau le plus cher vendu aux enchères en France.

MARMOTTAN. HISTOIRE DE PAYSAGES DE MONET À HOCKNEY

Attribué à Paul Gauguin. Paysage, 1901© Musée de l’Orangerie, collection Walter-Guillaume / GrandPalaisRMN / Hervé Lewandowski

Chaïm Soutine. Paysage, entre 1922 et 1923 © Musée de l’Orangerie, collection Walter-Guillaume / GrandPalaisRMN / Hervé Lewandowski

Félix Vallotton. Verdun, tableau de guerre interprété (sic) projections colorées noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz, 1917 © Paris - Musée de l’Armée, Dist. GrandPalaisRmn

Auguste Elysée Chabaud. Paysage de Provence, vers 1930 © Musée d’art moderne de la Ville de Paris / Paris Musées

Pierre Bonnard. Paysage, soleil couchant, Le Cannet, vers 1923-1926 © Musée d’Orsay, dist. RMN, Hervé Lewandowski

Claude Monet. Coin de l’étang à Giverny, 1917 © Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix

Cliquez sur les vignettes pour les agrandir

Le musée Marmottan a accolé à son nom celui de Monet, suite à un legs, il y a soixante ans, de Michel Monet, le fils du peintre, et grâce à cela, ce musée, niché dans les frondaisons du bois de Boulogne, conserve la plus grande collection d’œuvres au monde de l’artiste, dont l’iconique Impression, soleil levant, qui donna au mouvement son nom d’impressionnisme, nom dû à la dérision d’un critique d’alors. Le musée n’a pas pris, en cette année anniversaire, la décision d’une exposition monographique du père des Nymphéas, mais comme thème le paysage au travers d’artistes des XXe et XXIe siècle, définissant ainsi Monet comme le père fondateur des paysagistes qui l’ont succédé. Le thème, il est vrai, est sûrement le plus grand dénominateur commun des artistes de tous temps, même s’il servait souvent de support, relégué à l’arrière-plan comme motif, écran ou écrin à la scène même de l’œuvre, qu’elle soit religieuse, pastorale ou autre. Ici, au travers des œuvres d’une centaine d’artistes, le paysage est considéré comme le thème, le sujet, le prétexte de l’œuvre. Un thème qui fut l’important credo des impressionnistes et de leur manière de peindre sur le motif.
Le paysage de la plus pure figuration aux contreforts de l’abstraction a continué à fasciner les artistes de notre temps, misant sur notre mémoire rétinienne pour le retrouver, le comprendre, l’accepter parmi toutes les propositions artistiques. Et lui faire dire, lui demander de communiquer une émotion, une vision, une interprétation selon la manière dont il est traité.

Nicolas de Staël. Sicile, 1954 © Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix

David Hockney. Tree Tunnel, 20 August [Le tunnel d’arbres, 20 août], 2005 © Collection particulière / Estate of David Hockney / Photo : Richard Schmidt

Des paysages intérieurs, rêvés, fantasmés ou imaginés

Des paysages torturés de Soutine (Paysage, 1922 et 1923), du bonheur et de l’enchantement d’un Bonnard et ses vues du Cannet (Paysage, soleil couchant, Le Cannet, vers 1923-1926), de la nature foisonnante des alentours de Pont-Aven de Gauguin (Paysage, 1901), ou de celle sublimée comme écrin pour un de ses nus cher à Matisse (Nu rose, 1909). On le retrouve aussi dans les cartons sculptés d’Eva Jospin (Grottesco II, 2025), mis à l’épreuve des bombes pour Valloton (Verdun, tableau de guerre interprété (sic), projections colorées noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz 1917), ou encore cette petite œuvre d’Hockney aux couleurs pimpantes dans laquelle la réminiscence de son Yorkshire natal prend des allures californiennes (Le Tunnel d’arbres, 20 août, 2005), la nature sombre et sauvage de la Provence sous le pinceau de Chabaud (Paysage de Provence, vers 1930) et cette étonnante œuvre de Paul Nash, une mer qui semble être un chaos de glace dévalant un glacier mais qui se révèle être un amoncellement de… carcasses d’avion ! (Totes Meer (Dead Sea), 1940-1941). L’exercice fascine aussi bien les abstraits que sont Nicolas de Staël (Sicile, 1954) ou le danois Per Kirkeby (Sans titre, 1993) et même des paysages intérieurs, rêvés, fantasmés ou imaginés par le surréaliste Yves Tanguy (Nid d’Amphoxious, 1936). Et jusqu’à la photographie qui, parallèlement à la peinture moderne et contemporaine s’est emparée aussi et tout naturellement du thème pour le faire parler, lui donner les mêmes accents contemplatifs, merveilleux comme sombres ou documentaires du monde qui nous entoure.
Monet n’est pas toujours présent dans cette présentation dont le seul fil conducteur est et reste le paysage, à chacun d’y retrouver trace du maître des lieux. Reste, toutefois, cette interprétation des nymphéas d’Alex Katz dans laquelle on retrouve l’esprit du grand Monet dans un hommage des plus contemporains.  Inconditionnel, intemporel, sujet à jamais revendiqué, changeant, éternel et bousculé. Et naturellement c’est Monet qui nous accueille dès l’entrée avec cette rotonde qui nous propose quelques-uns de ses nymphéas, qui signe l’un des thèmes, sinon son thème, le plus connu.

Musée Marmottan, 2 rue Louis Boilly (16e).
À voir jusqu’au 31 janvier 2027
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.
Nocturne le jeudi jusqu’à 21 h.
Accès :
Métro : Ligne 9, arrêt : La Muette ou Ranelagh
RER : Ligne C, arrêt : Boulainvilliers
Bus : Ligne 22 (La Muette – Boulainvilliers), ligne 32 (Louis Boilly ou Ranelagh), ligne 52 (La Muette – Boulainvilliers), ligne 63 (Porte de La Muette), ligne 70 (Louis-Boilly) et ligne P.C. 1 (Ernest Hébert ou Porte de Passy)
Site de l’exposition : ici

Catalogue
Histoires de paysages
De Monet à Hockney (1890-2026)
Sous la direction de Pierre Wat
Coédition musée Marmottan Monet / In Fine édition d’art
276 pages / 35 €

À L’ORANGERIE. MONET, À L’ÉPREUVE DU TEMPS

Claude Monet. Meules, fin de l’été, 1891 © musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Patrice Schmidt

Claude Monet. Les Peupliers au bord de l’Epte, 1891 © Londres, The National Gallery, prêt de la Tate,

07. Claude Monet, La Cathédrale de Rouen, effet de soleil, fin de journée

Claude Monet. Matin sur la Seine près de Giverny, 1897 © Boston, Museum of Fine Arts

Claude Monet. Bassin aux nymphéas, le pont (Les Nymphéas, paysage d’eau), 1905 © Collection particulière / Ph. : Josse Bridgeman Images

Claude Monet. Le Pont japonais, entre 1918 et 1924 © Collection particulière / Image courtesy of Sotheby’s

Cliquez sur les vignettes pour les agrandir

Le musée de l’Orangerie se penche sur la notion du temps. Le temps qu’il fait, le temps qui passe et les changements apportés sur la lumière qui transforment la vision, le paysage et son aspect. On connaît ces exercices de Monet, dont sa série sur la cathédrale de Rouen en est l’aspect le plus significatif. Ainsi, il va, au fil du jour, œuvrer sur les paysages du printemps à l’hiver et en observer les effets. Une longue et patiente quête picturale qui concentre toute l’essence du mouvement impressionniste, cette recherche de l’effet temporel et éphémère de la lumière et du temps sur le paysage. Monet fut le grand impressionniste qui ne se permit que rarement de faire un pas de côté de cette doctrine non écrite du mouvement depuis son Impression soleil levant de 1872, tableau d’une importance capitale qui donna son nom au mouvement. Une posture qui en fit de façon non avouée le chef de file de cette bande de jeunots qui allait ouvrir le siècle à venir.
Voir et plus ressentir que penser, travailler sur ce qui change selon le temps ou les saisons, cette démarche est ici au cœur de cette exposition forte d’une quarantaine d’œuvres. Un travail fait de touches rapides, saisissant l’instant et modelé par la couleur. « Au cœur de sa longue carrière, plus de soixante ans de peinture, se trouve la recherche ininterrompue de la fugacité, de la perception de l’instant et de la durée par tous les moyens. », écrivent de concert Cécile Girardeau et Sophie Eloy commissaires de l’exposition, en ouverture du catalogue. Cette fugacité, il va la chercher toute sa vie, surtout dans ses séries des cathédrales de Rouen, des meules de foin, des peupliers du bord de l’Epte et surtout de ses chers nymphéas. Pour continuer à loisir de d’apprivoiser cette lumière, il va, en s’installant à Giverny, créer un décor à sa mesure, sorte de thébaïde concentrant ses besoins.

Un cadre idéal

L’âge venant, il n’aura plus besoin de courir la campagne ou de passer des heures sur son bateau-atelier posé sur la Seine vers Argenteuil. Avec son étang aux nymphéas, son pont japonais et ce jardin face à cette maison, son décor aux cent sujets est planté. Cette maison de paysan que, la reconnaissance arrivant enfin à l’aube de ses 50 ans, il a pu acheter après l’avoir longtemps louée. D’abord un jardin, puis, il put financièrement acquérir une autre parcelle, dévier le cours du Ru, un petit bras de l’Epte, la rivière qui borde son terrain, pour aménager son plan d’eau et y planter fleurs et arbres. Le ciel qui s’y reflète scande le temps qui passe. Dès lors, il y consacrera l’essentiel de son art. La manière compte autant, sinon plus, que le sujet.

Claude Monet. Le Pont de l’Europe. Gare Saint-Lazare, 1877 © Paris, musée Marmottan Monet

Claude Monet. Le Bassin aux nymphéas, harmonie verte, 1899 © Musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRMN / Laëtitia Striffling-Marcu

L’accrochage parcourt, sur ces traces, cette quête. Des neiges de la Norvège à cette pie posée sur une barrière dans un paysage hivernal immaculé, aux charmes méditerranéens ensouillés de Bordighera, toutes les saisons, tous les soleils passent sur sa palette. Et ces attentes pour voir l’astre du jour dessiner ombres et lumières sur ses toiles, résument l’écoulement de la vie, sans en oublier pour autant la modernité de son temps. Le train est présent, celui qui emmenait cette bande de zozos planter leur chevalet dans les champs vers Bougival, depuis la gare parisienne Saint-Lazare dont le temps gris se confond avec les jets de vapeur, ce train qui passe sur un pont à Argenteuil, ou ce paysage sur lequel passe un panache de fumée sur un ciel brumeux, gris, nuageux. Ce ciel qui sert aussi de toile de fond à sa série sur La Femme à l’ombrelle aux falbalas agitées par le vent. Le sujet n’est pas au centre, mais autour… Exilé à Londres pendant la guerre de 1870, il va se jouer du fog naturellement, cette brume qui englobe le Parlement anglais et que tente de percer le soleil. Et enfin et naturellement toute la série des nymphéas dont les derniers fruits de cette quête y trouve son apothéose, l’acmé de ses recherches, cette série, forte d’environ 250 toiles, commencée en 1897 et qui l’emmènera aux portes de la cécité, donnant ces toiles colorées, confuses, bourbeuses qui l’emmènent au seuil d’une involontaire abstraction.
Une série gigantesque, dans les deux sens du mot, dont on peut voir, ici dans deux salles, un assemblage de vingt-deux panneaux, assemblés en huit compositions, ces Nymphéas, cette « Sixtine de l’Impressionnisme » aux dires d’André Masson qui font l’orgueil du musée. Ces Nymphéas, auxquels il faut aller rendre hommage en quittant le musée, furent, pour Monet, 36 ans de son labeur, 36 ans de sa vie, de 1890 à sa mort en 1926, à suivre la course du soleil : Reflets d’arbres, Les Nuages, Le Matin clair aux saules, Les Deux Saules, Soleil couchant, Reflets verts, Matin, Le Matin aux saules sont comme des rendez-vous quotidiens au rythme temporel de la nature. Le temps… toujours et à jamais.

Musée de l’Orangerie, Jardins des Tuileries (côté Seine), Place de la Concorde (1er)
À voir jusqu’au 15 janvier 2024
Ouvert de 9h à 18h. Fermé le mardiAccès
Métro 
: lignes 1, 8, 12, station Concorde
Bus
 : lignes 42, 45, 52, 72, 73, 84, 94, arrêt Concorde
Site de l’exposition : ici

AU ENCHÈRES, DES RECORDS

Monet aussi aux enchères avec cette enchère frappée à 50 millions d’euros (frais compris, record pour la France) pour cette révélation qu’est sa toile de grand format, Les Iris, enfermée dans l’hôtel particulier de la famille Schlumberger et présentée au public pour la première fois par Sotheby’s. Une autre version est dans la collection du musée Marmottant-Monet. Lors de cette semaine de grandes ventes, cinq autres tableaux de Claude Monet sont passés aux enchères chez Christies, Bord des falaises à Pourville, a trouvé preneur pour 12,8 millions d’euros, Saule pleureur ou l’arbre en feu pour près de 10 millions d’euros, La Seine à Vernon, l’arbre pour 4,3 millions d’euros, Trois pots de tulipes pour 3,1 millions d’euros et La Maison à travers les roses pour 2,5 millions d’euros. Des ventes qui clôturent en beauté cette année Monet.

Claude Monet. Les Iris, vers 1924-1925 © Courtesy Sotheby’s

Claude Monet. Bord de falaise à Pourville, 1882 © Courtesy Christies

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