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MARTIN PARR GLOBAL WARNING

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expositions

Disparu il y a peu, ce photographe britannique, chantre d’un certain art de voir, a révolutionné la photo de reportage. Sous son implacable œil, il a traqué un certain désordre du monde avec des mises en scène alliant au kitsch, aux couleurs flashy et à l’ironie, une vision critique de notre monde.

Exposition Martin Parr Global Warning au musée du Jeu de Paume jusqu’au 24 mai 2026.

Venise, Italie, 2005 © Martin Parr / Magnum Photos

New Brighton, Angleterre, Royaume-Uni, 1983-1985 © Martin Parr / Magnum Photos

Tour de Pise, Italie, 1990 © Martin Parr / Magnum Photos

New Brighton, Angleterre, Royaume-Uni, 1983-1985 © Martin Parr / Magnum Photos

Bristol, Angleterre, Royaume-Uni, 2019 © Martin Parr / Magnum Photos

Saint-Moritz, Suisse, 2011 © Martin Parr / Magnum Photos

Mar del Plata, Argentine, 2014 © Martin Parr / Magnum Photos

Cliquez sur les vignettes pour les agrandir

Ironique, décalé, kitsch, drôle, rigolo, triste, dénonciateur, moqueur ou critique, l’œuvre de Martin Parr (1952-2025) est une auberge espagnole dans laquelle chacun y voit un discours à sa sauce. Il y a deux façons de regarder le travail de Martin Parr. Soit on y va avec un regard sociétal, voire ethnologique, soit on mate ça en curieux, presque en voyeur. Mais, comme ce n’est pas bien de rire de son prochain, on ira avec tout le sérieux qui convient à ce travail d’entomologiste, de documentariste qui se penche, depuis plus de cinquante ans, sur le vulgum pecus british. Puis il a élargi son champ de vision à la planète, dans ce qu’elle a de plus martien à ses yeux et aux nôtres. Bref, ce Martin pécheur traque la lady au bitos rigolo, la garden-party humide, le camp de vacances avec pédalo incorporé, le bain de mer dans la Manche, les chemises taillées dans l’Union Jack et tous ces trucs que savent (ou osent ?) si bien faire les Anglais, et qui font la valeur et la renommée de cette grande nation. Il a une excuse : « J’ai grandi dans le Yorkshire, un endroit très ennuyeux…».

Musée du Louvre, Paris, France, 2012 © Martin Parr / Magnum Photos

Grotte bleue, Capri, Italie, 2014 © Martin Parr / Magnum Photos

Les photos de Martin Parr sont effectivement tout cela, un miroir du monde, notre monde, que l’on regarde sans vraiment le voir car il pointe souvent son déclencheur là où ça fait mal. Son outrance voulue, assumée, il nous la distille, non avec précaution, mais généralement à la truelle, nous obligeant à nous poser des questions sur notre société qu’il nous balance à la face avec ses couleurs criardes, ses situations ubuesques. Une « esthétique » qui le signe – de face et au flash – reconnaissable entre toutes. Son œil, toujours en alerte, fait son miel de tout, du plan large jusqu’à dénicher le détail qui en dit long.
Membre de la prestigieuse agence Magnum, il a non seulement inventé un nouveau regard, mais a aussi fait bouger les lignes de la photo qui, grosso modo, se partageait entre l’humanisme, le reportage, la mode et la publicité. Chez Martin il n’y a rien de tout ça ou, plus exactement, on y retrouve, en contre-pied, une pépite de chacune de ces branches de l’image photographique. Il a fait exploser le regard et depuis, chez bon nombre de photographes contemporains, on retrouve des traces de son art.

La photo, très tôt

L’exposition que nous présente le Jeu de Paume est comme testamentaire, le dernier projet auquel il a participé avant son décès survenu le 6 décembre 2025 et qui donne à voir un beau raccourci de son œuvre, chapitrée ici par thème. On pourra regretter qu’elle n’ait pas laissé une petite place à son travail en noir et blanc qui occupa ses quinze premières années et qui nous aurait permis de voir le chemin accompli entre le photographe « humaniste » de ses débuts et la transformation petit à petit de son regard sur le monde jusqu’à l’amener à cette sorte de radicalité.
Enfant d’une Angleterre qui se relevait de la Seconde Guerre mondiale, Martin Parr ne pouvait être autre qu’anglais avec ce regard sur ses contemporains, cet humour pince-sans-rire, ce détachement et cette réserve qui lui feront porter sur le monde son regard toujours à l’affût. Né dans le Surrey, la famille part s’installer à Epsom. Peu doué pour les études, il aime rêvasser. Puis, cherchant sa voie, il tâte un peu du théâtre, est adepte de trainspotting et collectionne les timbres. Si ces activités sérieuses forgent un caractère, socialement tout ça n’est pas très convaincant.
La photo entre dans sa vie grâce à son grand-père, George Parr, qui la pratique en amateur doué, un peu comme Alec Guiness dans Noblesse oblige, et membre de la très respectable Royal Photographic Society. Ce dernier lui offre son premier appareil, un Kodak Retinette. À ses côtés, il affirme sa curiosité pour la photo.  Il est appliqué, voire maniaque, tenant de son père, ornithologue amateur, ce goût du recensement et de l’intérêt pour le monde qui l’entoure. Mais c’est surtout la découverte dans des expos des clichés de Bill Brandt et Cartier Bresson, puis des études (enfin !), de 1970 à 1973, dans la très sérieuse Manchester Polytechnic, à la section photo. Des humanités qui mettent le jeune Martin sur les rails. Ses premières photos sont en noir et blanc, le vrai « art », l’époque considérant la couleur comme du seul domaine de la publicité.

Benidorm, Espagne, 1997 © Martin Parr / Magnum Photos

Tokyo, Japon, 1998 © Martin Parr / Magnum Photos

D’entrée, Martin, pose un regard ironique sur la société, à l’image de cette série sur les voitures Morris Minor – sorte 4L locale alors – abandonnées et rouillées dans des terrains vagues. Une série, les seules noirs et blancs de l’exposition, accrochée ici ! Mais très vite, il ouvre son horizon aux photos de rues, aux petites cérémonies locales, arpente les fermes alentours desquelles il rapporte une moisson de clichés dans lesquels perce déjà son regard pour des pas de côté visuels. Il y a déjà là l’essence de son travail à venir. Une première expo en 1974 ponctue ses études. Il s’installe dans le Yorkshire, fait bouillir la marmite en étant enseignant.

Je ne m’interdis jamais de faire une photo

Sa première approche consistera à photographier des couples séparément et à coller chaque image sur un cube, à charge aux joueurs de rendre sa promise au boutonneux niais ou l’élue de son cœur au clone de Rod Stewart. Suivront quelques séries sur les prolétaires du Nord, une autre poétiquement intitulée « Préfabriquées » sur les bicoques Meccano. Puis, sans pitié, comme « un étranger dans un pays inconnu », il va se brancher sur le quotidien : séances chez le coiffeur avec casque séchant, scènes de supermarché avec gosses braillards, arcades avec gameurs aux manettes, salles de bal, réfectoires de camps de vacances, bords de mer bétonnés et, fin du fin, les inénarrables soirées Tupperware pour mamies fans de congélation. Son credo : « Je ne m’interdis jamais de faire une photo »
Avec un physique à jouer dans les films de Richard Lester, ce dynamiteur social a fait œuvre d’étudier le comportement de ses contemporains dans leurs activités et leur milieu naturel. Et les Anglais sont champions dans beaucoup de disciplines : tea-party, concours de la plus grosse courge, fléchettes, pudding, moquette vert vomi et décoration des gâteaux (les fameux « cake design »), entre autres. Puis, il part en voyage, arpente les désordres du monde, met son œil là où nos sociétés dérivent, du tourisme de masse aux dérèglements sociaux, la surconsommation, les dérèglements climatiques, la course effrénée à l’inutile au ridicule qui ne tue pas… encore. Et ce faisant, il en agit comme un militant, un écolo, qui serait drôle, cynique, un brin grinçant, mais qui nous offre à regarder là où ça ne tourne pas vraiment rond, dans la lignée éternelle de l’humour et de la satire british, celle des Monty Python entre autres. Malgré l’opposition de certains membres le trouvant trop « populiste » (« C’est un alien ! » dira Cartier Bresson), il entre à l’agence Magnum en 1994 et la présidera même de 2013 à 2017 ! Dès lors, son œuvre fera l’objet de plusieurs expositions dans des musées européens et par deux fois à la MEP à Paris.

Un collectionneur compulsif !

De ses nombreux voyages de par le monde il a glané toute une série de gadgets et souvenirs dans la lignée de sa quête, comme des indices de sa « scène du crime ». Il en a rempli sa maison, un petit cottage sur les hauteurs de Bristol, montres à l’effigie de dictateurs, chromos, boules à neige et autres mugs. Ajouté à cela son impressionnante collection de livres photos – il en possédait plus de 12 000 -, qui ont rejoint aujourd’hui les collections de la Tate de Londres et de la fondation Luma d’Arles ! Il disait que les expositions sont éphémères, alors que seuls les livres restent.
Cet amour des livres de photos, le poussa à éditer en trois volumes, une importante encyclopédie recensant les plus importants ouvrages de photographies (1). « Ce n’est pas une photo seule qui importe, c’est l’ensemble qui est important » dit-il, d’où ses ouvrages propres (il en a publié plus de 120 !) qui regroupent ses photos par thèmes bien définis – dont on retrouve la plupart ici – comme le tourisme de masse globalisé (Small world), des couples… sans entrain (Bored couples), l’obsession toute britannique du temps qu’il fait (Bad Weather), l’opulence de certains milieux (Luxury), une plongée chez les expats anglais en Allemagne (We love britain !) une vision kitsch dans laquelle la junk food, côtoie un luxe de détails sur le mauvais goût érigé en art de vivre (Common sense) ou encore les bords de mer, son terrain de chasse favori (Life’s a beach et The Great british seaside).

« Je crée un divertissement, qui contient un message sérieux si l’on veut bien le lire, mais je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit — je montre simplement ce que les gens pensent déjà savoir », disait-il. Et de conclure : « On va vers la catastrophe, mais on y va tous ensemble ». Humour amer…

  1. Le Livre de photographies. Par Martin Parr, Gerry Badger. Traduction : Virginie de Bermond-Guettle. En 3 volumes. Éditions Phaidon.

Musée du Jeu de Paume.
1, Place de la Concorde. Jardin des Tuileries (8e)
À voir jusqu’au 24 mai 2026
Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 21h.
Accès :
Métro : lignes 1, 8 et 12 station Concorde. Ligne 14 station : Madeleine
Bus : lignes 42, 45, 72 et 84, arrêt Concorde
Site de l’exposition : ici

Catalogue
Martin Parr. Global Warning
Auteurs : Quentin Bajac, Jean-François Staszak, Roberta Sassatelli,
Violette Pouillard et Adam Greenfield
Éditions Phaidon
Édition française / anglaise
216 pages. 39,95 €

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