Étonnement, pour la première fois, le musée d’Orsay prête ses salles à l’un des impressionnistes les plus populaires : Auguste Renoir. Une exposition thématique sur le thème de l’amour, au sens le plus large. On y découvre un Renoir peignant le bonheur, la joie de vivre, qui puise son art dans une vision touchante des siens et de ses contemporains. En complément, une seconde exposition nous présente un visage peu connu de son œuvre dans lequel on découvre le Renoir dessinateur.
Exposition Renoir et l’amour & Renoir dessinateur au musée d’Orsay jusqu’au 19 juillet 2026.

Le Déjeuner des Canotiers, 1880-1881 © Washington D.C., The Phillips Collection
Auguste Renoir, Le Cabaret de la mère Antony, 1866 © Stockholm, Nationalmuseum

Auguste Renoir, Bal du moulin de la Galette, 1876 © Paris, musée d’Orsay / Ph. : Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / M. Rabeau

Auguste Renoir, La Grenouillère, 1869 © Stockholm, Nationalmuseum / Ph.: Anna Danielsson

Auguste Renoir, La Promenade, 1870 © Los Angeles, The J. Paul Getty Museum

Auguste Renoir, La Conversation, 1878 © Stockholm, Nationalmuseum / Ph. : Erik Cornelius

Auguste Renoir, Gabrielle et Jean, entre 1895 et 1896 © Paris, musée de l’Orangerie / Ph. : GrandPalaisRmn (musée de l’Orangerie)

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Depuis sa grande rétrospective en 1985 et cette autre exposition en 2009 consacrée aux dernières années du peintre, toutes deux au Grand Palais, on avait un peu oublié Renoir. Un peintre peut-être trop vite classé au rayon décoration avec ses toiles sirupeuses qui ont fait l’objet de nombreux couvercles de boîtes de confiserie et de calendriers des postes. Cette exposition ayant pour thème l’amour au sens le plus large, accompagnée d’une seconde consacrée à ses dessins, rarement présentés. Trop vu et souvent mal regardé, il semblait surpassé, au sein du groupe des impressionnistes, par Monet, Manet, Cézanne, Degas, entre autres. Cette double exposition remet l’église au centre du village et redonne à Renoir la place qui lui convient. Un peintre attachant, un brin naïf même, qui puise son art dans une certaine vision touchante des siens et de ses contemporains. Alors que les impressionnistes sont ici, à Orsay, les maîtres du lieu, c’est étonnement la première fois qu’on y expose Renoir.

Chez Renoir, rue Saint- Georges, 1876 © Pasadena, Norton Simon Museum, Norton. Simon Art Foundation / Ph.: Gerard Vuilleumier

La Fin du déjeuner, 1879 © Francfort-sur-le-Main, Städel Museum
Sur ce thème de l’amour, il faut entendre non seulement les rapports amoureux dans leur sens communément employé, mais l’amour au sens large, l’amour filiale, l’amour des autres, l’amitié, les relations sociales et en cela l’œuvre de Renoir regorge d’exemples, des exemples souvent puisés parmi le populaire, la vie moderne et ce, à une époque pourtant morose dans une France qui se relevait de la guerre franco-prussienne de 1870, durant laquelle il a perdu son ami le peintre Bazille, et des affrontements de la Commune de Paris.
« Sa peinture est là pour apporter du bonheur aux gens », résume Paul Pernin, conservateur en chef au musée d’Orsay et commissaire de l’exposition. Et il est vrai qu’avec ses tableaux colorés, ensoleillés, ayant pour sujet les bals, les guinguettes, les loges de théâtre et autres parties de campagne, on est là dans un bonheur simple, bon enfant, populaire. Excluant les portraits et les paysages, l’exposition se concentre sur les scènes de genre avec deux de ses chefs-d’œuvre : le Bal du moulin de la Galette (1876), conservé au musée d’Orsay, et Le Déjeuner des canotiers, un prêt exceptionnel de la Phillips Collection de Washington. Deux œuvres iconiques, occupant une place centrale dans la scénographie, et chacune accompagnée d’une documentation explicative.
Ajoutons à ces deux « monuments », deux autres œuvres peu connues, prêtées par le Nationalmuseum de Stockholm : La Grenouillère (1869), qui nous immerge dans ce site en bord de Seine, à Croissy, un lieu fort couru par la jeunesse d’alors aux mœurs libres, et Le Cabaret de la mère Antony (1866), où quelques amis réunis autour d’une table (dont Henry Murger, l’auteur de Scènes de la vie de bohème) dépeignent l’atmosphère de ces lieux de plaisir. Il ne pose nullement un regard sur la condition de ses modèles mais saisit un instant, il ne fait pas une peinture sociale, mais rend compte en une simple vision d’un moment de bonheur.

Ci-dessus : La Balançoire, 1876 © Paris, musée d’Orsay / Ph.: : RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Patrice Schmidt
Ci-contre : Les Parapluies, vers 1881-1886 © Londres, The National Gallery

On pense à certains peintres du XVIIIe siècle qui prenaient pour sujet ces instants frivoles, les Watteau, Fragonard ou Lancret dont on retrouve sur sa palette cette appétence pour les tons clairs, les roses, bleus et jaunes qui ensoleillent ses œuvres d’alors. « Je sais bien qu’il est difficile de faire admettre qu’une peinture puisse être de la très grande peinture en restant joyeuse », disait-il, presque comme une justification. On songe aussi à ses années de peintre sur porcelaine lorsqu’il copiait sur les assiettes et autres vases de telles scènes. Une peinture délivrée de tous les aléas de la vie, pas de mendiants, de travailleurs, de femmes au labeur, mais, en filigrane, on devine toutefois, au détour d’un haut-de-forme, d’une casquette, d’un canotier, d’un panier au bras, d’une tenue, d’un lieu, la condition de ses personnages brossés hors de leur quotidien.
Une réunion de rapins
Renoir est né à Limoges le 25 février 1841 dans une famille de sept enfants, d’un père tailleur et d’une mère couturière. Une famille simple, loin d’être aisée, qui « monte » à Paris en 1844. Auguste est placé en apprentissage chez un peintre sur porcelaine et suit parallèlement des cours de dessin dans une école publique. Son apprentissage fini, on le retrouve dans un atelier de décoration de… stores pour magasins et appartements et, parallèlement, il s’inscrit comme copiste au Louvre. En 1862, il est admis aux Beaux-Arts. Après deux années de service militaire, il expose une première toile au Salon en 1864 puis une autre l’année suivante.

Danse à la campagne, 1883 © Paris, musée d’Orsay / Ph.: Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Danse à la ville, 1883 © Paris, musée d’Orsay / Ph.: Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Il commence à former autour de lui un cercle d’amis comme Sisley, Bazille, Monet, Manet, des jeunes rapins comme lui. C’est une période de bohème, de colocations, d’amours sans lendemain. Il fréquente le Café Gerbois ou celui de La Nouvelle Athènes à Montmartre, rendez-vous de toute cette bohème. Peu à peu le futur groupe des impressionnistes se forme. On y parle peinture naturellement, on veut révolutionner l’art, les conversations vont bon train, les esprits s’échauffent parfois. Avec Monet et Sisley, il pose son chevalet à Marlotte bourgade non loin de Fontainebleau, attiré par la rusticité de l’endroit, et fréquente l’auberge-cabaret de la Mère Antony et aussi à Bougival. Dans cette boucle de la Serine qui accueille peintres, canotiers et toute une jeunesse qui fréquente les guinguettes comme La Grenouillière. Ce coin de banlieue, accessible grâce au chemin de fer, sera l’Arcadie des impressionnistes qui y brosseront l’essence de leur mouvement. Fin 1873, ils fondent La société anonyme des artistes peintres qui accroche sa première exposition en avril de l’année d’après. Le groupe, suite à un article paru dans le Figaro se gaussant du tableau de Monet Impression soleil levant va prendre le nom d’impressionnistes. Renoir devient le président du groupe.
Dès 1872, le marchand Durand-Ruel se rend acquéreur de plusieurs toiles de Renoir. Malgré cela, il peine à obtenir de bons prix de ses œuvres et organise avec quelques amis impressionnistes des ventes à l’hôtel Drouot. Il continue à se présenter à différents salons et expositions. Il est accepté seulement par certains tant l’impressionnisme peine encore à être accepté et déchaîne l’ire de certains critiques comme Albert Wolf qui, parlant de Torse, effet de soleil (1875), écrit : « Essayez donc d’expliquer à monsieur Renoir, que le torse d’une femme n’est pas un amas de chair en décomposition avec des tâches vertes, violacées, qui dénote l’état de complète putréfaction dans un cadavre. ». L’audace des impressionnistes est loin d’être comprise et leur révolution devra attendre encore quelques années pour être acceptée et même devenir un art avalisé et rentrer dans les appartements bourgeois.

La Yole, 1875 © Londres, The National Gallery

Femme à l’ombrelle et enfant dans un paysage ensoleillé, c. 1874-1876 © Boston, Museum of Fine Arts, legs de John T. Spaulding
Une découverte : Renoir dessinateur
Une seconde exposition – forte d’une centaine d’œuvres – tente de démentir un Renoir en plein doute sur son art après son mariage. Il est enfin installé, ses toiles se vendent bien mais il s’interroge sur sa capacité à peindre et surtout à dessiner. Pour ce faire, il va prendre les crayons, le pastel et la sanguine et, s’éloignant de cette imprécision qui était l’essence de l’impressionnisme, il se remet à l’ouvrage, se rapproche d’Ingres dans la précision du trait. Naissent sous sa main de magnifiques baigneuses, des maternités et des portraits et si ses dessins ne firent jamais l’objet d’une présentation, celle-ci, aujourd’hui, corrobore ce que disait, avec ambiguïté, Gauguin : « Un peintre qui n’a jamais su dessiner mais qui dessine bien, c’est Renoir ».

Jeune femme penchée sur un balcon, dit aussi La Loge, 1879 © Fondation Bemberg / Ph.: Mathieu Lombard

Maternité, 1885 © Colección Pérez Simón / Ph.: Arturo Piera
Son œuvre dessiné est à part dans son corpus, dont on ne trouve que peu de liens avec son œuvre peint si on excepte celles préludant à sa Danse à la campagne et quelques baigneuses. Rendant compte d’une exposition des dessins de Renoir en 1912, le critique Louis Vauxcelles écrivit : « Il y a encore dix ans, bien des gens, peintres, critiques, amateurs, auraient ricané à l’idée d’une exposition de dessins de Renoir… Aujourd’hui, tout le monde sait que Renoir est un maître dessinateur. »

Musée d’Orsay. Esplanade Valéry Giscard d’Estaing (7e)
À voir jusqu’au 19 juillet 2026
Mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche de 9h30 à 18h
Jeudi de 9h30 à 21h45
Lundi : jour de fermeture
Accès :
Métro : ligne 12, station Solférino
RER : ligne C, station Musée d’Orsay
Bus : 63, 68, 69, 73, 83, 84, 87, 94 Dernier accès 17h
Site de l’exposition Renoir et l’amour : ici
Site de l’exposition Renoir dessinateur : ici
Catalogues
RENOIR ET L’AMOUR
Coédition musée d’Orsay / GrandPalaisRmnÉditions
Version française et anglaise
256 pages. 150 illustrations. 45 €
RENOIR DESSINATEUR
Coédition musée d’Orsay / GrandPalaisRmnÉditions
Version française et anglaise
224 pages. 183 illustrations. 39 €
Notes en bas de page
