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ANDY WARHOL

-
expositions

La ligne et l’image

Le musée du Luxembourg nous invite à découvrir le Warhol dessinateur, un pan qui reste le moins connu de son travail. On y découvre, dans cette manière qu’il perpétua tout au long de sa vie, son cheminement créatif, de ses travaux publicitaires aux esquisses de nombreuses de ses œuvres, parmi les plus connues.

Exposition Andy Warhol. La ligne et l’image au Musée du Luxembourg jusqu’au 10 janvier 2027.

Mao, 1973.  Mao, 1973. The Andy Warhol Museum, Pittsburgh © Founding Collection, contribution de The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc.

D’Andy Warhol, il nous semble tout connaître. Artiste phare d’une Amérique de poncifs, aux œuvres emblématiques de l’American way of life d’une époque en pleine jouissance de sa force et de son renom. Des boîtes de soupes Campbell aux portraits de Marilyn, du dollar-roi à Elvis, il a fourni au monde les images de la société de consommation, des repères qui tiennent lieu de symbole. Maintes fois exposées ; ses œuvres sont parmi les plus ancrées dans la mémoire rétinienne de notre temps.
Des expositions à lui consacrées, il en fleurit presque tous les ans quelque part, comme en ce moment au Fonds Leclerc pour la culture à Landerneau dans le Finistère. Mais le connaissons-nous vraiment ? Ses icônes ont éclipsé une partie de son œuvre – de son travail ? – à commencer par ses dessins, esquisses, recherches, et c’est à cet autre regard que nous convie le musée du Luxembourg. Et on y découvre simplement un artiste, un dessinateur, éloigné de ses procédés de reproduction par sérigraphie de photos bidouillées, produites à foison. Ici, le Warhol cédant aux sirènes commerciales qui en fit, un moment, le roi de New York, nous le retrouvons comme dans son atelier dans une liberté créatrice.

Kids on Swings, 1946. Coll. Antoine Ohannessian, Pittsburgh © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2026

Campbell’s Soup Can Over Coke Bottle, 1962. Courtesy The Brant Foundation, Greenwich, CT, USA © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2026

Dans une scénographie aux murs tendus de papier d’aluminium comme aux belles heures de la Factory (1), ce lieu à New York où s’entremêlaient tout à la fois un atelier à produire ses sérigraphies et un lieu de tournage de ses courts-métrages. Un lieu où passait toute une faune qui se retrouvait, le soir venu, dans les folles nuits du Studio 54, comme nous le rappellent ici quelques sérigraphies et photos. Mais le propos, ici, est ailleurs, on nous propose de découvrir en partie le chemin emprunté depuis la fin de ses études au Carnegie Tech de Pittsburgh, section « peinture et dessin », en 1949 et son départ pour New York où il commence, comme dessinateur publicitaire pour le magazine Glamour, puis Vogue, The New Yorker et Harper’s Bazaar. Très vite demandé, il réalise aussi des décors de vitrine, des couvertures de livres et fait même des esquisses de chaussures pour un fabricant local.
Cette pratique du dessin, dans laquelle on retrouve même des motifs qu’il déclinera par la suite dans ses modèles sérigraphiés, il n’a jamais cessé de la pratiquer tout au long de sa vie. En 1952, il reçoit le prix de l’Art Directors Club dans la catégorie « meilleure publicité parue dans la presse » ainsi que de nombreuses médailles ! Sa réussite tient sûrement à sa distanciation artistique dans un milieu qui, alors, tablait entièrement sur une visualisation première et commerciale du produit. « Quand je dessinais une chaussure pour une pub ce que je dessinais était une création et non pas le dessin de cette chaussure », expliquait-il dans un entretien avec Gene Swenson (2). Il abattit une frontière entre l’art et le commercial qui annonçait ce qui allait devenir : la réclame faisant place à la publicité.

Une Amérique vouée au dieu consommation

C’est par le dessin qu’Andrew Warhola devient Andy Warhol. Le succès lui permet même, d’acquérir, en 1959, un hôtel particulier de trois étages au 1342 Lexington Avenue, où il installe son atelier et emménage avec sa mère avant d’investir, en 1964, les locaux de ce qui deviendra la mythique Factory. En juillet 1962, il trouve sa première exposition personnelle sous le titre 32 Campbell’s Soup Cans, à la Ferus Gallery. Dès lors, il ne sera plus jamais absent de la scène artistique de son temps, jusqu’à son décès le 22 février 1987 à 58 ans.
Souvent occultée par ses motifs, reproduits ad nauseam, qui ont fait tant pour sa renommée, sa pratique du dessin se décline dans tous les domaines : portraits de nombreux amis, scènes de genre, détournement de motifs publicitaires ou décoratifs et restera son médium d’élection jusqu’au début des sixties. Il expérimente d’autres voies, papiers tamponnés, dessin à l’épiscope, le pochoir, etc.

Horoscopes for the Cocktail hour, vers 1961. The Andy Warhol Museum, Pittsburgh © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2026

Roll of Bills, 1962 © MoMA, New York /  The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2026

Dans cette Amérique vouée au dieu de la consommation, il sera l’un des premiers avec Roy Lichtenstein à travailler sur les marqueurs de son temps : les comics – tout comme Lichtenstein alors — la presse et ses « unes » racoleuses, les réclames dans les magazines, la photo et les marques commerciales iconiques comme Campbell et ses boîtes de soupe, Coca-Cola, Brillo, Del Monte, Heinz, Kellogs et le roi dollar. Duchamp et ses ready-made n’étaient pas loin. En 1962, il aborde la sérigraphie, ce système de reproduction qui fera sa renommée bien au-delà des États-Unis. Ses fleurs (Flowers), ses portraits de stars dont ceux, mille fois reproduits, de Marilyn Monroe, Elvis Presley et de nombreux autres. Il adapte à son art les procédés de l’industrie, répondant en cela à une demande, fruit de sa popularité. « Je voudrais être une machine », n’a-t-il pas dit un jour ?
Il ne s’agit pas, ici, de scinder en deux l’œuvre et l’art de Warhol, mais de démontrer que l’un s’inscrit dans l’autre et que, bien souvent, « la tentation d’élever un véritable rempart entre le dessin et la peinture de Warhol, en ne considérant le premier que comme la survivance presque accidentelle de son apprentissage. Il se trouve pourtant que les deux coexistent à différents moments de sa vie, et jusqu’à un certain point sont le miroir l’un de l’autre », écrit Alain Cueff, le commissaire de l’exposition. D’où, le rappel dans l’exposition des autres médias utilisés, avec en premier ses sérigraphies qui aujourd’hui restent le plus connu de son travail et signent son époque.

  1. Voir à ce sujet le très intéressant livre de photos de Stephen Shore Factory Andy Warhol. Éditions Phaidon, 2016
  2. in magazine ArtNews, novembre 1963

Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard (6e).
À voir jusqu’au 10 janvier 2027
Ouvert du lundi au dimanche de 10h30 à 19h30, nocturne le lundi jusqu’à 22h.
Accès :
RER : ligne B, arrêt Luxembourg (sortie Jardin du Luxembourg)
Métro : ligne 4, arrêt Saint Sulpice
                ligne 10, arrêt Mabillon
ligne 12, arrêt Rennes
Bus : lignes 58, 84, 89, arrêt Musée du Luxembourg
           lignes 63, 70, 86, 96 arrêt Église Saint Sulpice
Site de l’exposition : ici

Catalogue
Andy Warhol. La ligne et l’image
Sous la direction d’Alain Cueff
Édition Reunion Des Musees Nationaux
248 pages. 150 illustrations. 45 €

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